C'était un ami et protecteur quand nous étions gamins, celui qui m'a sauvé d'un chien fou, regardait avec moi des films d'horreur, et m'apportait des carottes au sel que nous croquions ensemble au soleil en attendant les repas. Ado difficile, il envoyait tout le monde chier, mais pas moi. Il avait "brûlé" il y a de cela combien? 12 ans? .. au moins. Et querelles de famille aidant, je ne l'ai plus revu ni lui ai parlé depuis.
Je viens de le retrouver.
Un étranger bien connu de moi. J'avais imaginé ce moment où je le reverrai, je me voyais éclater en sanglots et le serrer contre moi. Mais je ne l'ai toujours pas vu, et j'appréhende le moment où il me le demandera.
Un étranger qui dans une autre vie faisait partie de mon monde, peuplé de mes meilleurs souvenirs de vacances, de mes blessures d'enfant, de mes angoisses face aux secrets de famille. Je ne sais plus qui il est. Nous avons vieilli, loin l'un de l'autre, séparés par des années d'un silence que nous n'avons pas vraiment choisi mais contre lequel nous ne nous sommes pas vraiment battus non plus. Putain de vie.
Mon complice hier, qu'es-tu devenu aujourd'hui? Une photo où je distingue difficilement tes traits, où je te reconnais à peine. Qu'es-tu devenu mon ami?
Une blessure du passé nous laisse une image tellement belle des êtres aimés qui partent loin, mais le temps passe et lorsque la réalité est là, nous ne savons plus que faire de ces visages qui semblent tout droit sortis d'un rêve et que nous retrouvons sur notre chemin.
Quand enfin les tensions se sont calmées dans la famille, j'ai réussi à avoir un numéro de téléphone. Je ne sais même plus où je l'ai mis. J'ai traversé la méditerranée à mon tour. Mais je n'ai pas osé appeler. Et maintenant ces quelques mots, que je lis avec un brin d'émotion mais sans trop savoir comment répondre ... "tu m'as tellement manqué! tu as à peine changé ..." Oh mon ami si tu savais comme nous sommes différents aujourd'hui de ce que nous étions hier. La vie est passée par là, la mort aussi. Nous ne sommes plus les mêmes.
Et devant ces messages chaleureux et plein d'espoir, je panique à l'idée d'encourager ces retrouvailles. Que pourrais-je te dire après tout ce temps? Te souviens-tu du petit sac rempli de boutons de toutes les couleurs que ta mère me donnait quand je vous rendais visite pendant les vacances? Te rappelles-tu de cette chambre minuscule qui était la tienne et qui servait de refuge à tous ceux qui voulaient partager des secrets inavouables à l'abri des oreilles des parents? As-tu encore ces photos de toi jouant au basket et cette vidéo de mariage où on voit deux de nos cousines se battre pour une chaise à la première rangée et qui nous faisait pleurer de rire des années après?
Es-tu le même ce soir? Parce que moi, je ne suis pas la même. L'innocence a disparu, balayée par des années de querelles qui ont détruit mes souvenirs et m'ont brisé le coeur. Mais ni toi ni moi n'avons de reproches à nous faire, à part ce manque de courage. Pourtant je l'ai eu ce courage un jour où j'ai profité d'une accalmie. La mort nous avait rappelés à l'ordre, secoués au plus profond de notre être. Alors pour ne pas retomber à nouveau dans le silence, j'ai fait le trajet jusqu'à la maison familiale, surprenant ta mère par une visite dont la rumeur a fait le tour de la ville, après des années de rupture. Mais tu ne pouvais être là, forcément. Et ce numéro qu'on m'a donné ce jour là, je ne l'ai jamais utilisé.
Voilà plus de 4 ans que nous vivons dans la même ville. Tu ne le savais pas, je viens de te l'avouer, et je ne saurais te répondre si tu me demande pourquoi je n'ai pas appelé. C'est simplement que je ne sais pas quoi te dire ...
Mon cousin, ma chair et mon sang, mon ami. Tu m'as manqué toi aussi. Mais je ne te connais plus. Putain de vie.
Je viens de le retrouver.
Un étranger bien connu de moi. J'avais imaginé ce moment où je le reverrai, je me voyais éclater en sanglots et le serrer contre moi. Mais je ne l'ai toujours pas vu, et j'appréhende le moment où il me le demandera.
Un étranger qui dans une autre vie faisait partie de mon monde, peuplé de mes meilleurs souvenirs de vacances, de mes blessures d'enfant, de mes angoisses face aux secrets de famille. Je ne sais plus qui il est. Nous avons vieilli, loin l'un de l'autre, séparés par des années d'un silence que nous n'avons pas vraiment choisi mais contre lequel nous ne nous sommes pas vraiment battus non plus. Putain de vie.
Mon complice hier, qu'es-tu devenu aujourd'hui? Une photo où je distingue difficilement tes traits, où je te reconnais à peine. Qu'es-tu devenu mon ami?
Une blessure du passé nous laisse une image tellement belle des êtres aimés qui partent loin, mais le temps passe et lorsque la réalité est là, nous ne savons plus que faire de ces visages qui semblent tout droit sortis d'un rêve et que nous retrouvons sur notre chemin.
Quand enfin les tensions se sont calmées dans la famille, j'ai réussi à avoir un numéro de téléphone. Je ne sais même plus où je l'ai mis. J'ai traversé la méditerranée à mon tour. Mais je n'ai pas osé appeler. Et maintenant ces quelques mots, que je lis avec un brin d'émotion mais sans trop savoir comment répondre ... "tu m'as tellement manqué! tu as à peine changé ..." Oh mon ami si tu savais comme nous sommes différents aujourd'hui de ce que nous étions hier. La vie est passée par là, la mort aussi. Nous ne sommes plus les mêmes.
Et devant ces messages chaleureux et plein d'espoir, je panique à l'idée d'encourager ces retrouvailles. Que pourrais-je te dire après tout ce temps? Te souviens-tu du petit sac rempli de boutons de toutes les couleurs que ta mère me donnait quand je vous rendais visite pendant les vacances? Te rappelles-tu de cette chambre minuscule qui était la tienne et qui servait de refuge à tous ceux qui voulaient partager des secrets inavouables à l'abri des oreilles des parents? As-tu encore ces photos de toi jouant au basket et cette vidéo de mariage où on voit deux de nos cousines se battre pour une chaise à la première rangée et qui nous faisait pleurer de rire des années après?
Es-tu le même ce soir? Parce que moi, je ne suis pas la même. L'innocence a disparu, balayée par des années de querelles qui ont détruit mes souvenirs et m'ont brisé le coeur. Mais ni toi ni moi n'avons de reproches à nous faire, à part ce manque de courage. Pourtant je l'ai eu ce courage un jour où j'ai profité d'une accalmie. La mort nous avait rappelés à l'ordre, secoués au plus profond de notre être. Alors pour ne pas retomber à nouveau dans le silence, j'ai fait le trajet jusqu'à la maison familiale, surprenant ta mère par une visite dont la rumeur a fait le tour de la ville, après des années de rupture. Mais tu ne pouvais être là, forcément. Et ce numéro qu'on m'a donné ce jour là, je ne l'ai jamais utilisé.
Voilà plus de 4 ans que nous vivons dans la même ville. Tu ne le savais pas, je viens de te l'avouer, et je ne saurais te répondre si tu me demande pourquoi je n'ai pas appelé. C'est simplement que je ne sais pas quoi te dire ...
Mon cousin, ma chair et mon sang, mon ami. Tu m'as manqué toi aussi. Mais je ne te connais plus. Putain de vie.


3 commentaires:
Magnifique et vivement la suite!
Ego, Ego... vous avez dit Ego ?
c émouvant de vérité :) et c tellement un sentiment qu'on a tous connu a un moment ou a autre de notre vie, avec une amie d'enfance un voisin ou un proche que la vie a éloigner de notre chemin et qu’aujourd’hui on reconnait plus :( on évolue tous
merci pr ce jolie texte
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